Plus les ados sont devant les écrans, plus leurs notes sont mauvaises

Trop d’écrans nuit à la santé et aux notes scolaires.

Plus les ados sont devant les écrans, plus leurs notes sont mauvaises

Kirsten Corder, University of Cambridge

Quand ils parviennent à l’adolescence, plus des deux tiers des jeunes ne font pas assez d’activité physique. Les adolescents passent en moyenne huit heures par jour assis et les 11 à 15 ans regardent la télévision près de trois heures. Nous sommes bien conscients qu’un tel comportement risque de nuire à leur santé physique, mais il a aussi d’autres effets néfastes. J’ai collaboré à une nouvelle étude qui suggère que trop de temps passé devant les écrans nuit également aux résultats scolaires.

Nous avons mesuré à la fois l’activité physique et le temps passé assis auprès de 845 adolescents âgés de 14 ans et demi, en utilisant un capteur qui mesure le mouvement et le rythme cardiaque. Nous leur avons demandé combien de temps ils passaient à regarder la télévision, à jouer à des jeux informatiques, à consulter l’Internet mais aussi à faire leurs devoirs et à lire. Et à la fin de leur année de première, lorsque ces étudiants ont atteint l’âge de 16 ans, nous avons recueilli leurs résultats scolaires à l’examen du GCSE, commun à tous les établissements du secondaire au Royaume-Uni.

Nous avons constaté que les adolescents qui ont passé le plus de temps devant les écrans sont aussi eux avec les plus mauvaises notes, même en tenant compte des volumes de devoir et de lecture différents. Le temps passé à regarder la télévision, à jouer à des jeux informatiques et à surfer l’Internet a entraîné de mauvais résultats en général, mais c’est le fait de regarder la télévision qui était le plus préjudiciable. Tous les adolescents qui ont passé une heure devant la télévision chaque jour ont vu leurs résultats au GSCE chuter de neuf points en moyenne. Quand ils regardent le petit écran trois heures par jour, les résultats chutent de 18 points.

Même si nous n’avons pas constaté que l’activité physique permettait d’améliorer les notes, comme certaines autres études l’ont suggéré, elle n’était pas non plus nuisible au rendement scolaire. C’est un message important car les écoles sont tellement sous pression pour améliorer leurs résultats que nombre d’entre elles ne donnent pas la priorité à l’exercice physique de peur qu’il interfère avec la réussite scolaire.

60 minutes d’exercice physique par jour

Le constat général est que la plupart des adolescents ne parviennent pas à faire ce qui est recommandé, soit au moins 60 minutes d’activité physique modérée ou vigoureuse chaque jour (activité qui vous fait transpirer et respirer fortement). C’est un fait qui doit changer si nous voulons développer une approche plus complète de l’éducation de nos enfants. Les comportements acquis durant l’adolescence sont en effet susceptibles de persister à l’âge adulte, et nous devons profiter de chaque occasion pour améliorer la santé de tous par accroître l’activité physique auprès de la population.

Il existe plusieurs raisons pour lesquelles les jeunes ne font pas assez d’exercice, et elles sont différentes selon chaque individu. On dit souvent des adolescents qu’ils sont paresseux, mais je ne partage pas cet argument, et nous devons résister à la tentation de les montrer du doigt. En tant que chercheur qui encourage l’activité physique, par exemple, je trouve personnellement qu’il est difficile d’intégrer le sport dans ma journée de travail, et ce n’était certainement pas une priorité pour moi à l’école.

Dans le cadre de nos travaux, nous avons demandé à des adolescents comment nous pourrions les aider à être plus actifs et à passer moins de temps assis sur leurs fesses. La réponse majoritaire était qu’ils ne voulaient pas rester à ne rien faire, mais que beaucoup des activités physiques qui leur étaient proposées ne les intéressaient pas. Ils voulaient plus de variétés et de choix, citant par exemple le faible nombre de sports scolaires. Cette aversion pour l’éducation physique dans les cycles secondaires n’est pas un facteur mineur et peut influencer toute une vie. Si les établissements offraient une plus large gamme d’activités non traditionnelles – des arts martiaux au zumba – plutôt que de mettre toujours en avant le football ou le volley, cela pourrait encourager les jeunes à faire plus d’exercice.

Un autre élément à souligner est que les nombreuses campagnes destinées à nous éduquer sur les bienfaits de l’exercice ne semblent pas être efficaces. Nous devons changer la façon dont nous communiquons le message. Les chercheurs et les praticiens ont besoin de comprendre ce qui motive les gens. Par exemple, une étude fascinante en Écosse a encouragé des hommes adultes à perdre du poids dans le cadre de programmes qui leur étaient offerts par leur club de football favori. L’opération a réussi car elle faisait appel à l’amour du foot des participants plutôt que de leur faire miroiter une meilleure santé.

Faites un effort avec les écrans

Si l’on prend en considération tous ces éléments, on peut commencer à entrevoir une réponse gagnant/gagnant. Tant que les devoirs et le temps de lecture sont protégés, les écoles et les parents devraient chercher à encourager les adolescents à remplacer le temps passé devant un écran par de l’activité physique. Et dans un monde multi-écrans où les jeunes naviguent de plus en plus souvent sans surveillance, nous aurons besoin d’être plus intelligents quant à la façon dont nous supervisons leurs activités. Encourager différentes sortes d’exercices physiques et motiver les jeunes en partant de leurs propres centres d’intérêt plutôt que de marteler les mêmes arguments sur la santé est un bon point de départ. Atteindre cet objectif permettrait de maximiser la réussite scolaire et d’amélorier la condition physique.

Nous devons également anticiper ce qui se passera dans le futur. Les écrans se multiplient et nous n’allons pas soudain nous débarrasser d’eux. Ce n’est d’ailleurs pas souhaitable – les univers auxquels les jeunes peuvent accéder à travers leurs écrans peuvent éduquer,informer et enrichir leur vie, qu’il s’agisse de documentaires animaliers ou du jeu Minecraft.

Mais avec de plus en plus d’activités se réalisant sur Internet – y compris les tâches éducatives – nous sommes face à de nombreuses questions pour l’instant sans réponse quant à la façon dont les générations futures vont s’adapter. Pour aujourd’hui comme pour demain, le défi est de convaincre les adolescents d’être plus actifs de sorte qu’une fois qu’ils ont terminé leurs devoirs, la dernière chose à laquelle ils pensent est de s’asseoir devant un écran.

La version originale de ce texte a été publiée en anglais.

The Conversation

Kirsten Corder, Senior Investigator Scientist, University of Cambridge

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *